La première fois que je t’ai rencontré, c’était pour mon deuxième entretien pour un stage dans le domaine du spectacle vivant. Avant de venir, j’avais préparé mes trois qualités, mes trois défauts et ce type de conneries qu’on m’avait demandé pour un autre entretien. Je suis arrivée 5 mns en avance et toi avec 20 ou 30 mns de retard. Enfin, bref, après quelques cafés, tu as accepté de me faire confiance car tu cherchais : "une débrouilarde". J’ai ouvert tes mails à ta demande, je t’ai montré deux, trois trucs en informatique "copier/coller", je ne sais plus trop quoi, ce qui t’a impressionné, je n’ai pas arrêté de remettre en question ton fameux "théâtre universel", terme que je trouvais absolument utopique. Tu étais toujours là pour débattre lorsque je n’était pas en accord avec toi. Le bureau n’était pas trop ton univers mais tu m’as permis de découvrir ton monde artistique. Généreux, souriant, pétillant et engagé, tu as toujours était fidèle à toi même malgré tes galères. Notre rencontre a été courte mais ça m’a bien fait plaisir d’avoir pu te connaître.
Je suis très touchée par ton départ,
Catherine
Bon.
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Trois mois à vous lire.
Trois mois à vouloir lâcher le morceau. A mon tour.
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Attendre la fiesta del Goumen... En travaux. Comme nous tous.
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Je vais donc devoir m’y mettre maintenant. Je retire le masque avant de parler, promis :
"Kamelito, Mônsieur Kamelito, je vous salue.
Je t’en veux toujours, ne crois pas t’en sortir si facilement. Se faire la belle sans trop prévenir, ça fou en colère, je te jure. Ca fait trois mois que je la rumine ta porte de secours. L’entrée et la sortie, y a rien de plus important tu disais. Alors ?! Depuis quand on se faufile derrière le rideau au beau milieu du spectacle ? Et en plus, cette fois, tu nous joues pas la farce. Pas de salut sous les applaudissements ?
Bon.
Moi, je te salue."
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Un apprenti Pieds Nickelé
Guillaume/
je viens de découvrir ce lien et voilà que les souvenirs reviennent...un p’tit bonhomme entrant dans notre bureau en 2000, a entendu parlé de la RN2000 et veut voir comment il peut s’y accrocher et l’aventure commence...
le coup de foudre qu’on peut avoir parfois pour des gens sans qu’on ai besoin de se voir tout le temps, se croiser fait partie de la construction...on a pas l’audace de déclarer son affection pensant qu’on a toute la vie pour ça, preuve que non...
voilà, "que le spectacle continu" encore et encore car c’est avant tout ça qu’il défendait...courage à la compagnie, mais Kamel est et reste là, présent. sans aucun doute, il est déjà entrain de faire chier les anges, histoire de les faire remuer un peu !
...
A chaque fois que l’on s’est croisé sur scène le plaisir etait notre pote....... On s’est bien marré.
Il n’y a rien à dire ...... Merde...... Jamais le temps de rien et pourtant.
Salut Melka, mon Pote.
Bruno .......................................................................................Tu Fait chier Kmel
J’ai connu Kamel dit "Coco" il y a plus de trente ans. Nous étions à la Bourboule dans une colonie de vacances de Gennevilliers, lui moniteur moi aide-cuisinier et plongeur. Il avait 20 ans et moi 16.
Un jour je surprends le cuisinier mettre du porc dans la soupe destinée aux enfants musulmans "dans la soupe ça se voit pas ça leur fera les pieds !". Ni une ni deux je lui pête sa gueule d’enculé, je voulais le tuer. "Et merde je vais me faire virer !" mais j’avais oublié Kamel. Le cuisto s’est fait virer, je suis resté et Kamel est devenu mon meilleur ami POUR LA VIE.
Ensuite j’ai vécu des années inoubliables à ses cotés, inoubliables car elles ont marqué aussi bien ma vie la sienne que nos corps.
Nous étions marqués par la banlieue, la misère et la violence, c’était les années 75-80, le shit, la beu et surtout la came.
On aurait pu tout oublier tout renier, et c’est l’inverse qui s’est passé.
Kamel m’a ouvert les yeux j’étais admiratif de sa motivation, de son envie d’être comédien, de passer à la mise en scène. Quel parcours !
Et puis grâce à Kamel j’ai rencontré Hélène BERNHEIM (la feuj voir plus loin) une amie de toujours nous avons eu un enfant Axel, Kamel en était le parrain.
La vie ensuite nous a quelque peu éloignés quand j’ai appris ma séropositivité, comment vivre quand en faisant l’amour c’est la mort que l’on donne.
J’ai quitté Hélène (il fallait comprendre et je voulais le faire seul), et Kamel m’a de nouveau ouvert les bras, il m’a ébergé à Colombes sans rien demander "t’es en galère viens à la maison !".
Je ne suis pas venu à l’hopital, je ne lui ai pas téléphoné, je m’en veux tellement.
Je pleure tous les jours en pensant à lui mais mes souvenirs sont joyeux et doux, que de fous rires nous avons eu, c’est cela que je veux garder, son humour ses moqueries sa joie de vivre.
A son enterrement j’ai vu comme il était aimé, autant de belles meufs pour un rebeu d’un mêtre zéro deux à moitié boiteux, quel putain mec bordel !
J’ai une pensée particulière pour ses soeurs Abla et Rachida (évidemment je pense aussi aux autres membres de sa famille mais que voulez-vous on a tous ses préférences) et pour son père un homme extraordinaire, Kamel avait son humour, nous allions mangé le couscous à Suresnes et son père, même très malade, faisait mourir de rire Kamel.
Merci aux Basli d’avoir fait Kamel, merci à la Vie de me l’avoir fait rencontrer et MERDE à Dieu de nous l’avoir oté.
PS : je recherche des amis de Kamel : Chérif, Lala, Marie et Thiérry Laurent Merci
Je suis le neveu de kamel et ma mère vient de m’envoyer ce lien internet. Je suis en bouleversé par la nouvelle malgré le faite que je n’ai pas vu Kamel depuis des années (je vis maintenant aux USA) J’ai lu tous les beaux messages et cela m’a vraiment touche. Je dois dire je ne connais pas sa vie d’artiste car c’étais son jardin. Ma mère m’avais prévenu qu’il allais partir mais je ne voulais pas le croire, je pensais qu’elle poussait mais j’avais tord. J’ai parler a Kamel au téléphone dernièrement mais je n’ai jamais rien mentionne de sa maladie car j’avais peur des mots et j’étais plein d’espoir, maintenant je me sens vide de n’avoir pas été présent. En tant qu’ado, il avait brancher sur le saxo (j’en suis devenu fan) bref dans ma vie j’avais deux oncles qui tous deux, mon marque pour la vie en beaucoup de choses et je l’ai ai tous deux perdus ces dernières années.
J’aimerai/souhaiterai vraiment avoir des photos/vidéos de Kamel si vous en posséder.
Merci d’avance
Mon email : joe.bounour@eligia.com
dans le spectacle qu’on a monté ensemble, les chevaliers de la table ronde guettaient du haut de leur nuage pour savoir si on pensait à eux ce soir... Puisque tu as rejoins Lancelot, Perceval et Guenièvre autours de la table, sache que même ceux avec lesquels tu as pu t’engueuler parfois pensent encore à toi. Et que je jouerai encore ton spectacle en aout à Saint-Quay. Tu peux faire un saut.
Dagory, pour le plus petit chevalier de la table ronde.
juste une pensée pour mon pote qui est le type qui m’a fait le plus rire de toute ma vie... On avait 20 ans à Gennevilliers... j’ai aimé aussi la première vie de Kamel...
Une anecdote me revient qui est peut-être mon seul regret : je suis feuj et j’ai aux Etats Unis une partie de ma famille assez branché là-dessus contrairement à ma parents , de son côté la famille de Kamel en Algérie est assez traditionnelle.. Nous avions pour projet de partir aux Etats Unis où Kamel se serait fait passer pour David, puis en Algérie où je me serais fait passer pour Fatima..puis ça ne s’est jamais fait, dommage !
peut-être que notre adolescence n’a pas été simple mais qu’est ce qu’on a rigolé ! Et ta première mise en scène !!quel moment ! j’avais l’impression d’être à ton accouchement ! plus récemment le stage sur le bouffon m’a aussi bien "éclatée"
On a pu se dire adieu à l’hopital et ça, c’est ce que je garderai toujours avec moi Hélène BERNHEIM
Voilà bien longtemps que nos chemins se sont séparés ...et je n’ai jamais fait partie de tes intimes. A la lecture de ton nom dans les carnets de Libé,c’est la mémoire du coeur qui a parlé dans un grand cri de stupeur.Je ne te savais pas malade... Tes yeux pétillant de malice et ta belle vitalité me sont revenus d’un coup ;...à la terrasse d’un café à Avignon, dans les locaux de "Droits devant",dans ton jardin,au théatre bien sûr...des bouffons à Dario Fo, j’ai aussi appris à aimer ce théatre engagé avec toi. Metteur en scène exigeant, j’entends encore ta voix furibarde d’impatience gronder "ça manque de rythme" ! lors des répétitions... Toi parti, cette période de ma vie ,ce passé enfoui sombre un peu plus dans les limbes.Tu es de ceux qui font les vraies rencontres humaines ...C’est avec une infinie tendresse que je t’embrasse.
Régine Bramnik
Dès la première année de Droits devant !!, Kamel était là, au Dragon. Samedi, nous fêterons les 10 ans de luttes et de créations acharnées de l’association aux côtés des Sans. Alors, ce jour-là, comme il se doit, nous rendrons hommage à notre compagnon de route sur les Tréteaux, autour de ses amis, pour raviver Kamel, toujours !!
Les 10 ans de Droits devant !! auront lieu au Théâtre de Verre, samedi 25 juin 2005, de midi à minuit (25 rue de l’Echiquier - Paris 10ème - M° Strasbourg-St Denis)
Il a joué entre autres Léandre dans notre mise en scène du Médecin Malgré Lui. Pour une fois le rôle du jeune premier n’etait pas insipide et en plus il faisait rire. On a aussi partagé la passion du théâtre populaire et la colère de ceux qui ne supportent pas l’injustice.
Hasta siempre Kamel...
Kamel, je ne t’ai pas connu, mais Marie-ange m’as parlé de toi et de ton âme si fantastique, qu’elle repose en paix,
Tu vas lui manquer, ça je te le promet, tu comptais tellement pour elle.
Saches que ton oeuvre se poursuivra, car tu as su donner tant d’amour et d’amitié si sincère, je voudrai dire à mon amie Marie-Ange, que je suis de tout coeur avec elle, je comprends sa douleur et sa tristesse.
Fahima ,
IL est parti mon copain Kamel... Si vite...
J’ai su très tardivement qu’il était malade. Je le regrette profondement. J’aurais voulu être là, lui dire à quel point il compte pour moi, ce ptit gars là...
J’ai connu Kamel il y a quelques années, trop peu... Nous travaillions ensemble. Lui, comédien, moi technos...
Les souvenirs m’envahissent, les pleurs et les rires jaillissent... Avignon approche...La dernière fois, c’était avec Lui... IL me manque et je suis triste...
La nouvelle me secoue, me surprend, me peine profondément. J’ignorais Kamel malade.
Souvenir le plus récent : Avignon 2003, Kamel rageur, en lutte, la colère parsemée d’éclats de rire enroués.
Souvenir le plus ancien : 1985 : la rencontre avec ce comédien indomptable, porteur d’une révolte flamboyante et dévoreuse, difficile à maîtriser, et tellement positive. Un être de chair tendue et de cur ouvert, généreux comme quatre, mousquetaire depuis l’enfance, difficilement ponctuel (la vie est pleine d’imprévus qui ralentissent le chemin et Kamel avait le chic pour les provoquer) mais débordant d’histoires à raconter. J’ai aimé travailler avec cet homme-là, j’ai aimé son regard sur le monde et tant tressailli à ses emportements. J’ai aimé sa générosité et me suis nourri de toutes ses entreprises de déstabilisation. J’ai aimé le revoir, de temps à autre, au gré des festivals ou dans l’obscur des salles. Nos routes se sont éloignées, pas nos curs.
Nous nous recroiserons, c’est sûr, et nous bouffonnerons encore une fois nos histoires trop sérieuses. Salut ami Kamel.
Toute ma sympathie à ses proches.
Désolé de ne pouvoir être présent vendredi. J’y serai en pensées.
Kamel...
Mon vieux copain... On s’est retrouvé l’année dernière. Tu m’as retrouvée. Je ne me suis jamais fâchée avec toi. J’étais bien une des seules. J’étais souvent d’accord avec tes colères, tes coups de gueule, tes fâcheries. Mais moi, je n’ai jamais été capable de reniement, ni de renoncement. Alors, toute d’accord avec tes prises de bec, j’amoindrissais, je pardonnais, j’expliquais. J’affadissais. (Sans doute) Je t’ai su malade il y a ... 2 mois, peut-être moins. Je t’ai appelé, t’ai écrit sur Internet, c’était pas vrai, hein ? C’était pas vrai ? Je recevais en réponse les dates des prochains spectacles. C’était absurde. J’ai demandé à Benoît s’il savait. Il avait reçu un message laconique. Trois petits points. J’ai compris ce que tu voulais dire. Hier, j’ai été frustrée de ne pas t’avoir revu une dernière fois. Une dernière fois... Et puis quoi ? Je t’ai vu, revu, je t’ai aimé, je t’ai connu ! Quelle chance ! Pourtant, tu m’as fait pleuré quand j’étais ton élève, j’ai pleuré quand j’étais ton actrice, j’ai pleuré en voyant Exécuteur 14, heureusement tu étais là, tu m’as prise dans tes bras, tu m’as aidé à pleurer. Ce soir, je ne sais pas si je pleure. Je me souviens de cet été, des cerises volées dans des jardins plus riches que nous, des trois-quatre fleurs ramassées, des étrangetés naturelles, de celles de nos copains, des nôtres. Et nos colères, et le goût de ces colères qui donnent de la vie à la vie. Merci. Ici, à la campagne, loin du théâtre, des festivals, quelques gens t’ont rencontrés. A leur tour, ils sont frustrés. Ils ne t’ont vu que deux fois mais tu leur manques déjà. Allez, va ! Où que tu ne sois pas, tu es là, quelque part au fond de moi, quelque part au fond de nous. Et nous sommes nombreux.
Carine
Mais tu sais...
Vous l’avez peut-être connu, il s’appelait Kamel Basli. Il est mort ce dimanche 12 juin d’un cancer fulgurant.
Coco, le petit Kamel, Camelito
On jouait Mistero Buffo dans la rue en 1979 ensemble, c’est comme ça qu’on s’est connu. On jouait : « Les noces de Cana » on dit aussi « L’ange et l’ivrogne », lui faisait l’ivrogne, petite peste canaille et impertinente, grande gueule amusante mais vindicative, filou sympathique, filou tout de même.
Car malgré ses airs goguenards, le bonhomme ne démordait de rien, il était à prendre ou à laisser, on pouvait même le faire par intermittence, à prendre cette année, à laisser l’autre, ça ne le gênait pas de se fâcher et de se réconcilier. Les fâchés prenaient de ses nouvelles auprès des réconciliés : « Et Kamel, comment il va ? ». Et on tournait comme ça.
Les nouvelles n’étaient pas souvent à sauter de joie, il se trimbalait une espèce de petit nuage au-dessus la tête, et qui crevait assez souvent : « Bof, pas terrible, sa copine vient de le quitter, son père est à l’hôpital, et il est en galère de thune »
Et à chaque fois qu’il tombait, il se redressait d’une pirouette, comme un arlequin quand il se moque de lui-même.
Après une enfance passée dans le bidonville du port de Gennevilliers, il avait fait un peu d’études et avait plongé dans le théâtre, le théâtre populaire évidemment.
Ses héros : Les Pieds Nickelés, Nassredine Hodja, Arlequin, Don Quichote, Sinbad.
Ses références : Ibn Kaldhoun, Guy Debord, Bakounine.
Elève chez Lecoq, brillant et assidu, il avait même réussi à négocier le dernier trimestre de cours gratos.
Depuis quelques années il avait entamé un travail sur le bouffon, un super boulot très rigoureux avec tout un tas de fâcheries et de réconciliations, un boulot très réussi avec plein de gens.
Le petit nuage semblait disparu, quand les anciens fâchés demandaient aux nouveaux réconciliés « Et Kamel, ça va ? » les réponses persistaient joyeusement « Ouais, ouais, il a l’air tout stable et tout tranquille. Il bosse vachement, un chouette truc. »
On peut souhaiter que le chouette truc vive encore longtemps, en attendant que l’Arlequin se relève pour se moquer de nous.
Frédéric Fort
De temps en temps je demandais des nouvelles de Kamel à internet, en me disant qu’on se reverrait forcément.
Dans la bonne situation
Qu’on avait bien le temps.
Et voilà, et non.
Avec Kamel c’était des grandes montées de joie, d’espoir, et aussi des descentes. Malgré la déception des descentes, il y avait toujours de la tendresse pour lui.
Je me souviens surtout, au tout début, d’un jour, d’une nuit et d’encore un jour avec lui, à rire, à parler, à n’en plus finir. Je revois ses yeux brillants, joyeux.
Je me souviens aussi de sa rencontre avec le personnage d’Arlequin, à notre premier stage de Commedia avec Carlo Boso. Nous étions tous subjugués. Il semblait possédé par le masque. La force de ses impros l’épatait autant que nous.
C’est bon de se rappeler tout ça. C’est bon de l’avoir vécu. Salut mon Kamel, Je t’embrasse.
Nous l’avons croisé il y a un moment, en 1999, à l’époque où nous organisions nos premières rencontres nationales en régions pour l’action culturelle et artistique au TGP. C’était lui, dans ce regroupement de personnes venues de partout et de tous les étages de ce microcosme composite, complexe, microcosme consensuel et souvent fumeux, c’était lui, la vraie âpreté de ce travail de traduction et de circulation entre les mondes, c’était lui, la parole de la démocratie artistique et culturelle, celle de la réalité de la relation entre les difficultés sociales et les pratiques de l’art. Sans fard. Sa voix était celle d’un peuple aux antipodes du populisme, un peuple qui réfléchit et exige l’exigence.
Il nous raconta son aventure personnelle et ses combats avec Droits devant !!, parmi lesquels la belle histoire des Tréteaux du Dragon. Ce fut un voyageur parallèle que nous retrouvions aux carrefours, un compagnon de route sur un chemin semé d’enthousiasmes partagés et de désaccords. Un combattant sincère d’une cause qui nous concernait, qui se reliait à la nôtre, celle de la démocratie artistique et culturelle. Celle pour laquelle nous continuons et continuerons de nous battre. L’usure qu’il a subi et a sans doute accéléré sa fin, c’est, dans ce combat inégal pour des valeurs essentielle à l’avenir de l’humanité, l’usure que l’on fait subir à ceux qui défendent une certaine honnêteté quoi qu’il en coûte, celle que la médiocrité ambiante nous impose, d’en haut comme d’en bas. Mais nous n’avons pas le choix, il faut poursuivre le chemin, de l’un à l’autre.
Nicolas Roméas
Cassandre/Horschamp
quelques images : Kamel dans la cave de droits devant avec son sandwich. Kamel au milieu des spectateurs pendant les spectacles "allez ! allez ! Ca manque de rythme !". Kamel aux repétitions "l’oeil, pensez à l’oeil de bouffon et à l’urgence". Kamel au milieu des sans papier, des sans abris, des sans amis.
Le tout petit metteur en scène au très grand talent est parti, nous y perdons tous.
Il s’est battu le petit Kamel, il s’est battu contre une galère de plus, une maladie de trop. Il est mort dimanche, épuisé trop vite. Il est parti et je me sens pas très bien de vous raconter ça. Je viens de revoir 2-3 photos, un bout de film, parce que j’ai encore en tête son visage trahit par le cancer. Je voudrais me souvenir de sa démarche boitillante, ses colères indéfendables, ses inquiétudes, son amitié. Il m’a donné une amitié très simple : un toit, des sous, de la joie de vivre. Un tas de discussions, un tas de projets, qu’il poursuivait depuis des années. Il m’a aidé, comme il en a aidé d’autres à Droits Devant, au DAL, au CDSL, dans les cités.
C’était un fier petit bonhomme qui rappelait souvent qu’il venait du bidonville et des cités.
Il voulait monter une école de théâtre pour les jeunes des banlieues, les défavorisés, les marginaux. Lui, il avait eu une révélation à 15 ans, devant une mise en scène de Bernard Sobel. C’est comme ça qu’il s’en était sorti : il était parti jouer Dario Fo dans la rue, il avait fait l’école Lecoq, puis l’assistant de Carlo Boso, et puis il avait créé le Théâtre du Sajou, sa compagnie. Son truc c’était de créer des images lisibles pour illustrer un réel qui nous concerne tous. Alors il mélangeait les héros populaires et les thèmes de bagarres. Il choisissait Don Quichotte, Sindbad, les Pieds Nickelés, les insectes, le bouffon, ... pour nous parler de l’immigration, de l’exclusion, du monde ouvrier, etc.
Il était très fier de son bouffon, d’une petite phrase de Lecoq, de son théâtre accessible à tous.
Je veux me souvenir de toute cette générosité de Kamel, grand petit bonhomme de théâtre ou inversement comme vous voulez, engagé, militant, anxieux. ça et puis qu’au bidonville il se marrait, que les galères il les avaient tellement connues qu’il passait au travers en blaguant, sans raconter qu’il souffrait.
Merci à tous ses amis, il était toujours inquiet qu’on ne l’aime pas, en 4 mois d’hôpital il vous a retrouvé, il est parti rassuré sur le sens de sa vie, sur toutes ses bagarres pas inutiles.
Vendredi matin, on l’enterre au cimetière de Suresnes. Si vous pouvez être avec nous, on se retrouvrera de 9h à 10h à la salle mortuaire de l’hôpital Pompidou pour un dernier salut, et puis à 11h15 au cimetière de Suresnes, carré Bulvis, route de l’empereur à Rueil-Malmaison.
ce petit homme aux milles facettes et au regard pétillant de vie, unique dans son plaisir, unique dans sa souffrance,
Kamel, comment peut-on ne pas l’aimer, comment peut-on penser à l’oublier, lui qui aimait tant la vie pour s’être battu jusqu’au bout pour la garder. Difficile de trouver les mots, tant la peine est profonde, seuls les regards complices que nous échangions parfois me font sourire en pensant à toi.
Tu n’es pas que passer dans ma vie, tu y faisais partie ; je regrette simplement de ne pas te l’avoir dit.